C’est à Bourg en Bresse cette année que notre fédération, la FUB, nous a donné rendez-vous pour une belle journée d’études suivie de deux jours d’assemblée générale. Merci à BVE (Bourg vélo écomobilité) qui recevait l’ensemble des participants venus de toute la France pour ce temps de travail et d’échanges riche. Il nous a redonné de l’énergie pour poursuivre notre action malgré les vents mauvais qui soufflent sur le monde associatif, la politique des mobilités actives et plus généralement de l’écologie.

La journée a démarré par un mot d’accueil de la 1ère adjointe au maire de Bourg en Bresse qui a rappelé la politique municipale en faveur du vélo et du partage de l’espace. Bourg s’est hissé cette année à la 1ère place du baromètre vélo dans la catégorie des villes de moins de 100 000h. Cette ville, comparable à la nôtre, a une spécificité : elle compte 45 000 habitants la nuit mais plus de 100 000 le jour. L’enjeu de gérer ces flux explique en partie la politique volontariste développée depuis 15 ans par la municipalité. 60% des déplacements de moins de 5Km se font encore en voiture, Mme Isabelle Maistre a donc réaffirmé l’ambition de poursuivre le travail avec l’enjeu de toucher le périurbain et le rural proche.

L’allocution vidéo du ministre des Transports M. Philippe Tabarot était centrée sur la sécurité mais aussi sur le fléchage des politiques en direction des zones rurales. Il a tenu à nous rassurer sur le fait que les acquis des lois LAURE et LOM ne seraient pas abandonnés. Mais il ne semble pas avoir conscience que les enjeux du vélo vont bien au-delà : enjeu de santé publique, enjeu de transition écologique, enjeu d’un vivre ensemble.

La 1ère table ronde : « Liberté, égalité, accessibilité : une promesse crédible pour les habitant.es des territoires ruraux et périurbains ? »

Elle rassemblait Sophie Dardet, cheffe de projet mobilités à la fédération nationale des familles rurales, Tom Dubois, responsable de la valorisation des recherches au Forum Vies mobiles et Lumir Lapray, activiste rurale, autrice de « Ces gens-là : une plongée dans cette France qui pourrait tout faire basculer » (2025). 40% des Français vivent en zone périurbaine ou rurale proche d’une agglomération. Les enjeux de mobilité sont fondamentaux pour cette population et la voiture représente non seulement un objet permettant le transport mais aussi une valeur : liberté, autonomie, sécurité. Et pourtant nombreux sont les « éconduits de la voiture » : 35% ne sont pas en capacités de conduite ( trop jeune, sans permis…) et 44% disent renoncer souvent à l’usage de la voiture du fait de son coût (30% du salaire des classes populaires rurales est consacré à l’achat et l’entretien/fonctionnement de l’automobile). Les populations « rurales » subissent ce système du tout voiture. Il y a donc un enjeu fort à ne plus culpabiliser les usagers mais à proposer des alternatives et des complémentarités dans les modes de transports. 50% des déplacements en ruralité font moins de 5km, on peut agir sur ces flux du quotidien. Cela passera par des aménagements et une des solutions est l’utilisation de voiries secondaires, parallèle aux axes principaux car nous sommes riches en France de petites routes et chemins vicinaux qui pourraient être sans grand frais dévolues aux mobilités actives. Forum vie mobiles a élaboré un Schéma alternatif à la mobilité sur quelques départements français comme l’Ille et Vilaine pour tester la faisabilité et le coût d’un réseau sans voiture mais assurant des déplacements pour tous, partout et tout le temps. Résultat le coût de ce nouveau système serait de 60 milliards contre 300 milliards pour le système voiture actuel. Par temps de crise, cela donne à réfléchir. Au-delà des aménagements, il y a d’abord un enjeu de désirabilité. Il faut que nous réussissions à donner à voir les bienfaits, les avantages, les joies du vélo sans antagoniser, sans culpabiliser.

La 2ème table ronde s’intitulait « Au lendemain des municipales, à la veille de la présidentielle : quels bilans et quelles perspectives pour le vélo ? »

Marine Braud, experte en enjeux environnementaux, ancienne conseillère du 1er ministre et du président de la République, Celine Scornavacca, co-présidente de la FUB, et Nicolas Mercat, vice-président du réseau Vélo et Marche et maire du Bourget du Lac ont tous constaté le « bikelash » qu’a subi le vélo au cours de la campagne des municipales 2026 et une très grande différence avec la précédente campagne de 2020. Certains partis dont le RN en tête et certains médias instrumentalisent l’écologie et le vélo en particulier. Mais les intervenants ont dépassé ce constat pour nous engager à aller sur les actions concrètes, à construire une acculturation au vélo. Pour N. Mercat il y a un seuil de part modale qui une fois dépassé (5/6%) empêche un retour en arrière. Il s’agit de positiver le vélo, de mettre en avant le faible coût de ses infrastructures, le gain en termes de santé publique. En Italie ou au Japon il n’est pas rare de voir des octogénaires ou même nonagénaires à vélo. 1 km à vélo, c’est 1 euro d’économiser en dépenses de santé sur le long terme. Remettre des séniors sur des vélos est un axe à creuser pour améliorer l’autonomie et la santé des plus âgés.

Ont suivis des témoignages d’actions menées en partenariat avec la FUB et des acteurs du terrain :

  • Présentation du rapport « santé en mouvement : le pouvoir de la marche et du vélo » et de l’engagement de la FUB sur la promotion de la santé. Pour lutter contre une sédentarité qui est aujourd’hui un véritable problème de santé publique, le vélo et la marche sont une solution. UFOLEP a insisté sur l’importance de la prévention.
  • Le REV : réseau express vélo avec l’exemple du travail de l’association de Limoges sur la construction d’un schéma d’itinéraires express vélo. Sur les 30 plus grandes agglomérations françaises, 15 se sont lancés dans ce projet. Pour les autres, il faut convaincre et pour cela des études comme celle faites sur Limoges peuvent être de bons leviers.
  • Agir pour le vélo en milieu rural avec l’exemple de la commune du Teil en Ardèche qui en particulier a mis en place un service de transports à vélo des enfants de l’école.
  • Bilan d’étape pour le programme Vélos égaux qui visent à mettre ou remettre en selle des personnes socialement vulnérables. Ce qui est notable est que 77% des bénéficiaires disent avoir eu un gain de santé, 86% une meilleure confiance en eux et 73% avoir gagné en lien social. Mâcon vélo en ville est inscrite dans la 2ème tranche de ce programme sur Cluny et Mâcon.

Après une pause pique-nique sur l’esplanade la comédie assurée par les « sœurs papilles », nous avons travaillé en ateliers l’après-midi autour du rapport aux collectivités territoriales et de la gestion des conflictualités. Ce temps a été riche d’échanges entre acteurs car les participants venaient autant d’association de vélos de la FUB, que de techniciens des collectivités locales (mairie, région…), d’élus, de membres d’autres associations comme Familles rurales par ex.

A 16h la journée s’est clôturée par un discours en direct de Mme Elisabeth Borne qui a rappelé son engagement passé pour le vélo et qui pense que les objectifs que son ministère avait fixés seront réalisés.

Céline Scornavacca a fait le discours de la fin au nom de la FUB : discours engagé, rappelant les défis que les pouvoirs publics doivent relever et comment le vélo peut être un allié mais aussi en insistant sur l’importance du tissu associatif en grave danger en ce moment du fait des politiques nationales.